Le Mystère de Marguerite de Bourgogne

  

L’histoire de Marguerite de Bourgogne, née en 1290, est intimement liée à celle du château de Couches.
Au XIIIème siècle, sous Etienne de Montaigu, alors seigneur de Couches, Marguerite, Fille de Robert II, duc de Bourgogne, et petite-fille de Saint Louis, roi de France, passe une partie de son enfance au château. Elle est en effet la cousine d’Étienne de Montagu et se lie d’amitié avec Marie de Bauffremont-Montagu. D’après l’Abbé Jean Berthollet, auteur d’une étude sur le Château de Couches, en Bourgogne, Marguerite y vit « les heures heureuses de sa jeunesse, avant de devenir reine de Navarre par son mariage en 1305, à l’âge de quinze ans, avec Louis X, dit le Hutin », fils aîné de Philippe le Bel et futur roi de France.
De cette union, nait une fille, Jeanne II, le 28 janvier 1311, à Conflans-Sainte-Honorine. Elle n’est pourtant pas la première enfant de Louis X, qui a une fille illégitime avec une lingère du palais, l’année même de son mariage. Marguerite est-elle au courant ? Peut-on y trouver les raisons de son adultère ? L’histoire n’en dit rien. Il faut remarquer que sa réputation sulfureuse était déjà connue, mais sans preuve jusqu’alors. Cependant, il est possible que, délaissée par son mari qui ne voit en elle qu’une génitrice des héritiers du trône, elle succombe dès 1312 aux avances d’un amant, disposé à lui donner l’amour et le plaisir dont elle manque.
C’est l’affaire de la Tour de Nesle qui va bouleverser la vie de Marguerite, et la faire, selon la légende, revenir à Couches.
 
L’affaire de la Tour de Nesle :
Est-ce sur dénonciation de sa belle-soeur? En 1314, Philippe le Bel, roi de France, fait arrêter Marguerite de Bourgogne, Jeanne de Bourgogne et Blanche de Bourgogne (ses trois belles filles) accusées d’adultère avec deux chevaliers : Philippe et Gautier d’Aunay.
Sous la torture, les deux chevaliers auraient avoué leurs relations qui duraient depuis trois ans avec les princesses. À Pontoise, ils moururent écorchés vifs, châtrés et décapités, après quoi leurs dépouilles furent suspendues à un gibet. Les trois femmes connurent des sorts différents :
Jeanne de Bourgogne : il n’y a aucune preuve de sa culpabilité et son sort en sera donc plus clément. Elle fut enfermée au château de Dourdan avant d’être libérée par son mari, Philippe le Long et acquittée par le parlement. Elle décéda en 1330, elle ne fut pas répudiée grâce à la dot qu’elle apportait : la Franche Comté.
Blanche de Bourgogne : elle fut enfermée au château de Château Gaillard. Elle finit sa vie au château de Monbuisson et son mariage fut annulé par le pape Jean XXII.
 
La mort de Marguerite de Bourgogne :
Elle fut condamnée après avoir avoué.  Répudiée, elle fut tondue et enfermée à Château Gaillard.
Elle devient reine de France à la mort de son beau-père Philippe IV le Bel, survenue le 29 novembre 1314. Elle reste cependant enfermée dans la forteresse de Château-Gaillard, son époux, le roi Louis X, ne levant pas la sanction prise à son encontre pour adultère.
 

 

Le Mystère
Deux thèses s’opposent alors :
Selon l’Histoire de France, Marguerite serait morte en 1315 dans son cachot de Château-Gaillard, âgée de 25 ans … D'après certains historiens, lorsque Louis X succède à son père, il cherche à faire annuler son mariage par le pape. Mais l’adultère n’était pas un motif suffisant pour dissoudre le mariage. Louis qui n’entend pas extraire Marguerite de son cachot, mais qui est dans l’obligation urgente de donner un héritier mâle à la couronne n’a qu’un recours : faire annuler son mariage par le pape pour convoler en justes noces. Comble de malchance pour le frais monarque, depuis la mort de Clément V en 1315, les cardinaux réunis en conclave à Avignon ne sont pas parvenus à se mettre d’accord pour élire un successeur. Il ne lui reste qu’une espérance : celle de devenir veuf…
Louis aurait donc décidé d’en finir avec elle et de la faire étrangler dans sa cellule. Quoiqu’il en soit, sa mort permit à celui-ci, devenu roi de France (Louis X le Hutin) de se remarier 4 mois après son décès et d’assurer sa descendance !
Mais la mort de la reine à Château-Gaillard est contestée, d’autant plus qu’il n’existe aucune preuve officielle de son enterrement au couvent des Cordeliers de Vernon, rasé à la Révolution et aujourd’hui enfoui dans le sous-sol d’un garage, rue Riquier.
De récentes fouilles archéologiques menées à proximité n’ont pas permis de révéler la tombe de Marguerite. Alors, si la reine est morte le 30 avril 1315, où est sa dépouille ? Tant que sa sépulture n’aura pas été mise à jour, dans l’église même ou dans son environnement proche (crypte, cimetière ou salle capitulaire), une autre thèse subsistera : le transfert secret de la reine dans le château de son enfance, à Couches, le 30 avril 1315.
 
Marguerite aux Couchois: 
 Marguerite à Couches1
Ce que confirment la tradition orale Couchoise et certains historiens : Marguerite de Bourgogne aurait été recueillie en secret au château de Couches par sa cousine, et y serait demeurée jusqu’à sa mort en 1333.

 

Cette deuxième thèse ne semble pas crédible pour certains historiens étant donné que les preuves semblent maigres, mais cela n’est pas pour autant impossible. Certes, Marguerite avait fauté et devait être condamnée. Mais elle appartenait à une famille puissante et influente à la Cour. Dès lors, on imagine mal le faible Louis X prendre le risque de la supprimer et d’encourir le courroux de son beau-père, Robert II. On peut imaginer le scénario suivant : pour avoir un fils, Louis doit se remarier rapidement ; son oncle, Charles de Valois, fait venir de Naples sa nièce, Clémence de Hongrie, sous la conduite du chambellan de Bouville. Clémence est en route, le temps presse. Alors, Louis fait renvoyer discrètement Marguerite à Couches.
L’abbé Jean Berthollet écrit dans son livret consacré au château de Couches : « C’est en 1315 que Louis le Hutin devenu roi de France se résolut à rayer du monde des vivants Marguerite, qui fut prise sous la protection de sa cousine Marie de Beaufremont, dame de Couches. Transférée au château de Couches, prisonnière libre, Marguerite mourut en 1333 à l’âge de 43 ans. »
Mystère ou Malédiction ?
D’après l’ancienne propriétaire, Madame Cayot, Jean Berthollet avait, dans les années 1960, « trouvé des preuves, dans les archives du diocèse d’Autun » attestant de la mort de Marguerite à Couches. Après avoir téléphoné ces informations à la belle-mère de Madame Cayot, l’abbé est mort d’une crise cardiaque sans avoir pu confier ses preuves écrites qui n’ont d’ailleurs jamais été retrouvées… Un ami peintre de la famille Cayot serait lui aussi décédé de manière subite après s’être renseigné sur la légende de Marguerite à Couches. Aucune trace écrite, des morts brutales, une tradition héritée uniquement par le bouche-à-oreille,… Il n’en faudrait pas plus à certains romanciers pour nouer ici l’intrigue d’une malédiction ! Le château de Couches a été rebaptisé au XVème siècle "Château de Marguerite de Bourgogne" par la famille de Montaigu. Pourquoi ? Parce que Marguerite y a passé son enfance ? Parce que les Montaigu avaient la certitude qu’elle y était morte ? Ou simplement pour honorer sa mémoire de Reine de France ?
Encore faudrait-il aussi se mettre en quête d’une sépulture royale. C’est ce que fait le docteur Taupenot dans son livre "Les Marguerite de Bourgogne" (publié aux éditions de la Renardière). D’après lui, la reine pourrait être inhumée dans un ancien prieuré, le Val Saint Benoit, situé dans une forêt, non loin d’Epinac. « Peut-être parmi les nombreux gisants dispersés au Val Saint Benoit se trouvait autrefois celui de cette Reine au destin tragique. »

 

Un lien avec la légende de la Vivre ?

 

Les Couchois n’admettent pas qu’on puisse assassiner une reine, sans remous, ni à la cour, ni à la maison de Bourgogne ! Alors, si Marguerite a bien fini sa vie à Couches entre 1315 et 1333, comment cette information, qui force l’admiration de la population locale, est-elle restée secrète ?
Selon Madame Cayot, il n’y a pas de fantôme au château de Couches mais une légende locale qui donne lieu tous les 20 ans à une manifestation appelée "cavalcade", réunissant pas moins de 45 000 personnes ! Or, cette légende prendrait racine avec la présence supposée de Marguerite à Couches. En effet, les habitants qui ne devaient pas ébruiter la nouvelle mais voulaient néanmoins rendre hommage à leur princesse ont reporté leur dévotion sur le culte de Sainte-Marguerite, cette Sainte Martyre du IIIème siècle qui, par sa foi chrétienne, est venue à bout du diable incarné en dragon. La Vivre, créature mythologique aux allures de serpent, serait alors la représentation symbolique des malheurs de la jeune reine, contre laquelle il faut lutter. Pour vaincre cette bête apocalyptique qui dévorait les enfants et semait la terreur, les Couchois organisèrent des battues, sans succès.
 Marguerite à Couches2

 

Jusqu’au jour où un magicien du nom de "Yoata", parvint à envoûter le monstre par le son de sa flûte, pour le conduire dans un four et le faire rôtir. Mais, lâchement abandonné par la population, il subit le même sort. Aujourd’hui encore, on fait allusion à la "mauvaise foi des Couchois" pour rappeler cet épisode folklorique.
La prochaine célébration aura lieu en août 2028.
La légende de la "Reine étranglée" subsistera tant que sa tombe n’aura pas été mise à jour, à Vernon, à Couches, au Val Saint Benoît, ou ailleurs.
Quelle que soit la vérité, Marguerite de Bourgogne a réellement vécu quelques temps au château, et son nom y reste attaché.

Marguerite de Bourgogne dans la fiction

Marguerite de Bourgogne est un personnage des deux premiers tomes (Le Roi de fer et La Reine étranglée) du roman de Maurice Druon: "Les Rois maudits" et des deux premiers épisodes des adaptations télévisées de 1972 et 2005 où son rôle est interprété, respectivement, par Muriel Baptiste et Hélène Fillières. Maurice Druon résout la question de sa mort en la faisant étrangler (d'où le titre du second tome) par un sbire de Robert d'Artois.
L'histoire de Marguerite de Bourgogne sert de toile de fond à La Tour de Nesle, pièce de théâtre de Frédéric Gaillardet  et Alexandre Dumas (1832) et à deux romans de Michel Zévaco, Buridan, le héros de la tour de Nesle (1913) et La Reine sanglante, Marguerite de Bourgogne (1914). La pièce de Gaillardet et Dumas a été adaptée plusieurs fois au cinéma, notamment dans La Tour de Nesle, réalisé en 1955 par Abel Gance.

D’après : Maurice Druon « La reine étranglée »

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http://www.maison-hantee.com