Les débuts de la révolution dans le baillage d’Autun

Par lettres royales en date du 24 janvier 1789, Louis XVI ordonne la convocation des états libres et généraux du royaume au lundi 27 avril.
Des assemblées primaires, puis préliminaires, aux Etats généraux : (mars 1789)
Selon Anatole Desplaces de Charmasse, (1835-1932), dans les cahiers des paroisses et communes du bailliage d'Autun,  « Les habitants qui composent le tiers état des villes, bourgs, paroisses et communautés du bailliage, ayant un rôle séparé d’imposition, étaient sommés de se réunir en assemblées primaires, de rédiger le cahier de leurs plaintes et doléances, et de faire choix de députés pour porter ce cahier à l’assemblée préliminaire. »
« Le dimanche, au prône de messe paroissiale, les curés donnèrent lecture de l’ordonnance de convocation. Au sortir de la messe, devant la porte principale des églises, les syndics firent la même publication »
Dans les campagnes, on comptait par feux. Les paroisses et communautés ont eu ainsi à élire deux députés pour 200 feux et au-dessous, trois pour deux à trois cents feux, etc…
A Couches, se tient le 15 mars 1789, au prieuré de Saint-Georges , "l'assemblée de la communauté de Montorge, Combereau, La Croix-Valot, le Bois-Jean-Gras et dépendances, provoquée à la diligence de Charles Nectoux, marchand demeurant à Montorge."
Le cahier de cette assemblée porte essentiellement sur le mandat donné aux députés.
Elle est composée de Vivant Minard, Charles Nectoux, Jean Parise, André Baroin, Jean Ponsotfrères, Jean-Baptiste Dévigne, Nectoux, Jean Lagros, Jean Bachelet, Jean Questat, « tous habitans de la susdite communauté », composée de ving-et-un feux.
"Ils sont tous nés François, âgés de plus de vingt-cinq ans, et présentent leur cahier de doléance, plaintes et remontrances," qui a été signé par « ceux desdits habitans qui savent signer. »
Ils délibèrent pour nommer leurs députés, et désignent Vivant Minard et François Ponsot avec pouvoir de paraître pour eux aux Etats Généraux. Ce mandat comporte 7 conditions :
1.« que les députés du tiers-état seront en nombre égal à ceux de la noblesse et du clergé réunis…. »
2.« Qu'ils ne consentiront à aucunes distinctions humiliantes, et qu'à l'exception de la préséance qu'ils laisseront au clergé et à la noblesse, ils maintiendront l'égalité pour tout le reste. »
3.« Qu'ils ne s'occuperont d'aucuns impôts qu'ils n'ayent fait dans les États généraux une loi par laquelle les droits constitutifs de la nation seront reconnus et assurés. »
4.« Que les députés concoureront de même, avant de s'occuper d'aucuns subsides, à ce que la promesse faite par Sa Majesté de former les États provinciaux au seing des États généraux soit accomplie… »
5.« Pourront néant moins, si les circonstances nécessitaient impérieusement des secours extrahordinaires et momentanés, en accorder avant que la constitution, tant des États généraux que des États provinciaux, ait été entièrement rétablie. »
6.« Pourront, en conséquence des articles trois et quatre cy dessus, renoncer aux priviléges de la Bourgogne… »
7.« Feront valoir le vœu de leurs commettants pour la loi mentionnée en l'article trois soit fondée sur les bases suivantes …» (suivent 9 articles, NDLR)
 
Le cahier des doléances du Tiers Etat du bourg (ou cahier de la petite ville)nous apporte un éclairage différent :
Nous n’avons pas de précisions sur le nombre de participants (environ une cinquantaine de signatures) et il n’évoque pas la désignation de députés. Sans doute n’y en eut il pas, puisqu’en face de Vivant Minard et François Ponsot devaient se rendre un représentant de la noblesse et un du clergé, et qu’ Anatole de Charmasse précise qu’il y eut à l’assemblée du bailliage 4 députés pour Couches.
Ce cahier comporte trois chapitres : administration (49 articles), Justice (33) et clergé (13). A la différence du précédent, il est beaucoup plus revendicatif et davantage révélateur des us et coutumes de l’époque.
Le chapitre « Administration » revendique rien moins que la suppression de la taille, de la milice, de la corvée, des douanes dans l’intérieur du royaume, des impôts sur le sel et le tabac, des « lotteries ». Il demande l’amélioration du sort des soldats, la fin des vexations par les états majors, la suppression de la peine « des coups de plats de sabre », un plan d’éducation, l’instruction gratuite, l’uniformité des poids et mesures.
La présence de Fourat, probablement co-rédacteur du "cahier de la petite ville"  n’est sans doute pas étrangère à la rédaction d’articles qui évoquent le conflit forestier.
Au chapitre « Justice », les Couchois demandent  une réforme des lois civiles, la création d’un nouveau code criminel, l’abrogation de « la loi qui condamne à mort les filles enceintes qui négligent de déclarer leurs grossesses », l’abolition de tous les privilèges exclusifs, le pouvoir de faire des baux illimités…
Concernant «le clergé», on aimerait avoir l’argumentaire qui justifie le refus de pouvoir s’engager dans les ordres religieux avant l’âge de 30 ans. Est-ce parce que c'est à l'époque, l'âge de la majorité?
La désignation des députés pour le Baillage d’Autun :
Le 22 mars, les 122 représentants de la noblesse forment le vœu de renoncer à leurs privilèges pécuniaires et de payer tous les impôts présents et à venir conjointement avec les deux autres ordres, et proportionnellement à leurs propriétés.
Le 6 avril, ils désignent Ferdinand Alphonse Honoré de Digoine du Palais comme leur député, Monsieur de Fontenay de Sommant étant son suppléant .
 
Le 28 mars, les 209 membres du clergé font le « vœu d’abandonner tous les privilèges en matière d’impôts, soit directs, soit indirects. Le 2 avril, ils désignent à l’unanimité leur évêque, Charles Maurice de Talleyrand Périgord (plus connu sous le nom de Talleyrand) comme leur député aux Etats Généraux, à Versailles. C’est lui qui proposera plus tard, à l’Assemblée Nationale, de mettre les biens du clergé à la disposition de l’Etat. ( !...)
 
Le 3 avril, les 93 représentants du Tiers Etat désignent Jean Marie Repoux avocat à Autun, et Hugues François Verchère de Reffie, avocat à Marcigny,   comme leurs représentants aux Etats Généraux. Où sont les paysans, vignerons,mineurs de Chalencey, meuniers, tuiliers, carriers, tanneurs et autres savetiers qui constituent le "petit peuple"?
A l’assemblée du Bailliage: 331 représentants de la noblesse et du clergé pour 93 du Tiers Etat ! « 500 000 privilégiés contre 25 millions d’individus qui prétendaient plus ou moins ouvertement à posséder dans leur plénitude le titre et les droits de citoyens. » A Autun, La noblesse et le clergé ont souhaité des cahiers de doléances communs aux trois ordres, MAIS :
« Les cahiers de la noblesse et du clergé ne présentent pas de doléances. Ces deux ordres n’avaient point de griefs contre l’état des choses… »
« Ceux du Tiers Etat traduisent avec beaucoup plus de justesse et de vivacité le mouvement des idées, les souffrances, les aspirations générales…»
« Avant 6 mois, ils n’y aura plus de fiefs ; avant 15 mois, il n’y aura plus ni gouverneur, ni grand bailli, ni bénéficiers, ni nobles, ni corporations. La marée montante aura tout emporté, et à peine surnagera-t-il quelques épaves de l‘ancien monde.»
 

 
Sources :
Cahier des paroisses et communautés du bailliage d’Autun (A.de Charmasse)
Cahier de doléances de la communauté de Montorge, Combereau, La Croix Valot, le Bois Jean Gras, justiciable du Prieuré Saint Georges de Couches. (A.D.S.L)
Cahier des doléances, plaintes et remontrances du Tiers Etat du Bourg de Couches. (A.D.S.L, archive incomplète)